©Gilles Mazzufferi

Poussière noire. 2013

La couleur noire enveloppe et englouti. La poussière recouvre, efface.
La symbolique du noir est riche et variée, ici je ne ferai référence qu’au monde nocturne, aux mythes obscurs ou bien à l’ombre et au refoulement traités en analyse psychologique.
Bien que le noir évoque souvent la mort, il est aussi essentiel à de nombreuses formes de transformation (initiation, mystère, œuvre noire).
La poussière noircie ce qu’elle recouvre car tout comme le noir, elle est considérée comme impureté, décomposition et crasse. La poussière c’est aussi le temps qui passe, les objets qui tombent dans l’oubli des greniers ; mais elle est également l’empreinte des faits et gestes de chacun.
Le noir, contre couleur du blanc, est son égal en valeur absolue. La poussière et la crasse, contre-valeurs du propre, du neuf, de l’immaculé et du «sans tache». Le noir et la poussière sont de même natures, la poussière est rejetée, enlevée, et l’objet abîmé, méprisé est livré à celle-ci ; nos sentiments contraignant sont oubliés, livrés aux méandres du temps, perdue dans les profondeurs de l’inconscient.
Lorsque l’imaginaire réduit le blanc à la lumière, il se polarise sur l’opposition au noir et ici la poussière, «particule fine» joue le rôle de conducteur vers les deux polarités; elle met le noir en lumière.
Il m’a semblé intéressant avec le projet intitulé «poussière noire», d’amalgamer déchets, fragments, scories, résidus et autres substantifs parcellaires avec l’encre noire des rêves, avec l’obscurité des origines, avec la magie des figures archaïques et les ombres de l’inconscient.
Pour cela j’ai utilisé comme support pour permettre à la poussière de se déposer, les objets même que nous utilisons pour la chasser : flacons et pulvérisateurs dédiés au nettoyage, lessivage, dégraissage, débouchage ; ces ustensiles de tous les « ménages modernes » ces instruments de couleur blancs, ou transparents (parfois verts), qui rappellent à l’utilisateur l’état d’origine, la pureté du neuf, du propre, contre l’usagé : le sale.
Collectée et déposée sur ce support, la poussière révèle d’autres formes et l’objet devient masque, amulette, objet sacré, magie noire... Ou blanche ! Ces fétiches ancestraux surgissent du noir pour nous rappeler nos origines, nos figures sombres, ces personnages foncés montrent que nous prenons contact avec notre propre univers instinctif et primitif, et qu’il s’agit d’éclairer et d’appréhender afin de canaliser les forces sombres vers des objectifs plus élevés... Peut-être la lumière de la conscience.

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